Culture

En attendant Bojangles film sortie cinéma avec Virginie Efira et Romain Duris

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Interview : En attendant Bojangles avec le réalisateur Régis Roinsard

Magnifique fresque aussi colorée que bouleversante sur l’anticonformisme, la folie, Régis Roinsard adapte le roman En attendant Bojangles avec maestria.

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À l’écran, Virginie Efira et Romain Duris forment un couple fantasque et extravagant qui s’est donné pour défi de ne jamais se laisser enfermer par le conformisme. Reste que les normes laissent peu de place à la fantaisie et que sous la poésie se cache, tel un monstre qui attend son heure, ce qu’on appelle la folie. Régis Roinsard porte à l’écran avec brio cette histoire d’amour passionnelle, adaptée du livre En attendant Bojangles. Interview.

Au commencement, il y a la fête, la couleur, le soleil. On pourrait penser s’être égaré dans un film de Belmondo, quand celui-ci draguait des femmes par dizaines à coup de gouaille et de compliments bien tournés. Romain Duris incarne un mythomane qui s’invente des vies, histoire de déclencher les oh et les ah des dames qui pavoisent dans les cocktails mondains. Se faire remarquer, séduire, c’est sa marque de fabrique. Si ce n’est qu’il va trouver plus forte que lui. Un ange de plumes et de blondeurs danse, là, devant la mer et il va en tomber éperdument amoureux, instantanément. Même si l’aimer comporte des risques, même si la rendre heureuse implique de pousser la porte dérober de sa folie. En attendant Bojangles.

Qui est Monsieur Bojangles, qu’on écoute en l’attendant ?

Monsieur Bojangles avait un chien. Il a une chanson aussi, que l’on écoute, en boucle, en découvrant, image après image, la part d’ombre de la liesse. Parce que Monsieur Bojangles danse. Il danse et fait claquer ses talons en riant. Est-ce pour autant qu’il est heureux ? Car Monsieur Bojangles pleure en dedans, il pleure son chien qui n’est plus. Alors il danse, il danse, il danse, pour un verre ou quelques piécettes. Et on attend qu’il débarque avec son pantalon large et qu’il saute, si haut, pour côtoyer les étoiles.

French Riviera et couple glamour pour un amour fou dans En attendant Bojangles

On dénombre une cascade de versions de la chanson, interprétées par les plus grands depuis son premier enregistrement par Jerry Jeff Walker en 1968. Ce film en est une interprétation de plus, après un roman et une pièce de théâtre. Mélancolique et joyeuse, cette douce mélodie cache un rythme entrainant. Elle fait danser autant qu’elle fait pleurer, les parfaits ingrédients des plus belles et des plus tragiques histoires d’amour. Une histoire d’amour qui commence sur la French Riviera, avec ses belles voitures et son panorama à couper le souffle. Quoi de plus évident, comme décor, pour attendre Monsieur Bojangles ?

En attendant Bojangles

Adaptation du roman éponyme signé Olivier Bourdeaut

Camille et Georges dansent tout le temps sur leur chanson préférée Mr Bojangles. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Jusqu’au jour où la mère va trop loin, contraignant Georges et leur fils Gary à tout faire pour éviter l’inéluctable coûte que coûte.

Virginie Efira éblouit, solaire, campe un personnage survolté, passionné, vendeuse de rêve et de poésie tout en peignant la vie, de paillettes et de lumière. D’un pas de danse, libre et aérien, elle conquière Romain Duris et tous les spectateurs avec lui. Forte et fragile à la fois, l’actrice démontre une nouvelle fois l’étendue de son talent et de la finesse avec laquelle elle effeuille chaque trait de caractère, chaque faiblesse, chaque égarement, qui sont tour à tour balayés d’un sourire enchanteur.

Une magnifique performance qui vaut à Virginie Efira de littéralement crever l’écran et porter cette histoire de fantaisie et d’anticonformisme avec ses partenaires, Romain Duris, le merveilleux petit bonhomme Solan Machado-Graner et Grégory Gadebois. l’ordure la plus tendre qu‘il nous ait été donné d’admirer.

La vie a besoin d’ordure et de superfétatoire

L’ordure n’existait pas dans la pièce de théâtre En attendant Bojangles. C’est peut-être ce qui fait que ce film a une ampleur à la mesure de Grégory Gadebois qui l’interprète. Il fait naître le couple et reste dans l’ombre de ce duo trop lumineux, accompagné d’un cigare éteint.. Une ordure trop pleine de tendresse. Et une ordure qui tente de lester la légèreté et l’insouciance sans pour autant l’emprisonner ne la contenir.

Once upon a time, un homme, une femme, un enfant, qui refusent de laisser la société écrire leur vie. Il était une fois une famille qui devra, comme dans tous les contes, affronter le dragon tapi qui, lui aussi, refuse de se laisser apprivoiser. Au-dessus, plane une grue. De ses plumes, on n’â pas besoin,. Mais elles ajoutent à la magie, elles participent à l’extraordinaire, elles rendent indispensables le superfétatoire.

interview du réalisateur Régis Roinsard Populaire, Les Traducteurs, En attendant Bojangles

Entretien avec Régis Roinsard, le réalisateur du film En attendant Bojangles

Bonjour ! Est-ce que nous pouvons vous demander de vous présenter à votre manière ? Vous avez carte blanche.

Régis Roinsard : Régis Roinsard, né en Normandie, habitant en Bretagne désormais, après avoir vécu plusieurs dizaines d’années à Paris. Réalisateur de trois longs-métrages : le premier s’appelle Populaire, le deuxième Les Traducteurs et le dernier en date s’appelle En attendant Bojangles. Et même si j’adore mes deux précédents films, celui dont je suis le plus heureux et le plus fier est le dernier en date.

Pourquoi celui-là particulièrement ?

Régis Roinsard : Parce que j’ai eu le sentiment que, dans toute l’aventure de ce film, durant le tournage, j’ai eu une liberté telle, une folie telle, que j’avais l’impression de peindre, tout le temps, de mettre des couleurs et d’être une sorte d’exhausteur de vie. Et cela, même si c’était d’une manière réfléchie, parce que beaucoup de choses se sont faites en amont. Je trouve que c’est mon film de plus de souffle et de plus de vie. Et le plus d’émotions, de grand huit d’émotions.

Au début de votre film, on ne peut pas s’empêcher de penser à Belmondo. Est-ce que c’est un hommage, une référence assumée et volontaire ? Et est-ce que Romain Duris est un digne héritier de la gouaille à la française des années 60 ?

Régis Roinsard : Il n’y a pas d’hommage. Peut-être qu’il y en avait dans Populaire, mon tout premier film, mais là il n’y a absolument pas d’hommage. Même, il n’y a pas de références à des films précédents. Il y avait déjà des références dans le roman : Breakfast at Tiffany’s, Scott Fitzgerald, par exemple, ou Un singe en hiver de Blondin. Donc je n’ai pas eu besoin de mettre d’autres films dedans. Mais il est vrai que dans toute une partie du film – le premier tiers du film en particulier – Romain (Duris) a ce côté Belmondo des années 60, d’Un homme de Rio par exemple, c’est-à-dire très vif, faisant beaucoup de choses avec son corps et j’avais effectivement envie de ça.

En plus, j’ai lu beaucoup de choses sur Belmondo et chez lui il y a un truc qui m’a toujours séduit, c’est que, dans la vie, c’était quelqu’un qui ne calculait absolument rien. Il était très généreux et ne voulait rien en retour. Je trouve que s’il y a un parallèle à faire avec Romain Duris, c’est aussi celui-ci. Au-delà du jeu, c’est un être fabuleux, il est presque l’homme que j’aimerais devenir, en tout cas.

Romain Duris danse dans le film En attendant Bojangles de Régis Roinsard interview

Wouah ! C’est un joli compliment ! Votre film se passe dans une époque révolue, c’était aussi le cas de Populaire, qu’est-ce qui vous plaît, qu’est-ce qu’il y a de plus cinématographique ou de plus fantaisiste qu’il n’y a plus aujourd’hui ?

Régis Roinsard : J’ai du mal à faire une distinction entre maintenant et, disons, même le début des années 2000. Depuis la fin des 90’s, j’ai du mal à distinguer les époques esthétiquement. Des fois, quand je tombe sur des images d’archives, je n’ai pas l’impression qu’il s’agit d’archives, j’ai l’impression que ce sont des images de maintenant. Depuis 30 ans, les voitures se ressemblent toutes. Il suffit de regarder dans la rue, les voitures sont noires, blanches ou grises. Tout le temps. Alors que dans les années 50, 60, c’était très différent. Il y avait de la couleur dans beaucoup de choses.

Donc ce sont des époques qui me plaisent énormément. Des époques d’insouciance aussi. Et même si je suis très content de vivre ce qu’on vit actuellement, d’être « maintenant » – pas forcément le COVID mais tout ce qui concerne le droit des femmes ou #metoo par exemple, pensait pas qu’on allait assister à une telle chose et que ce soit un tel choc et d’un seul coup, je suis heureux que ça puisse se passer.

Pour l’esthétisme et le souffle qu’il y avait dans les années 60.

La musique, que j’aime et qui me touche beaucoup. Et puis le livre d’Olivier Bourdeaut (En attendant Bojangles) avait un côté totalement intemporel, donc il y a des gens qui le voyaient se passer dans les années 30, d’autres dans les années 70 ou même dans les années 80. Moi je ne voulais pas faire un film intemporel, je voulais marquer une époque pour que ce soit vraiment incarné dans la société et que les personnages soient plus incarnés dans leur contexte. Je trouvais que l’aulne de mai 68 était une période très intéressante de remise en question, un peu folle.

Et aussi, puisque le film parle de traitements psychiatriques, c’était une époque à laquelle on ne savait pas encore tout pour guérir et on traitait le mal intérieur en faisant du mal physiquement aux gens. C’était une manière aussi de montrer ça. D’où on venait, en fait, et jusqu’où on a pu aller pour traiter la folie. Tout ça m’intéressait énormément. Et je me sentais plus à l’aise aussi avec des films en costume. Parce que j’en ai besoin, du décor et des costumes, peut-être par timidité, pour pouvoir percer les attributs et pouvoir donner plus de choses personnelles. Alors que ce serait beaucoup plus difficile pour moi de me livrer dans un film naturaliste.

Virginie Efira et son fils Sloan

Nous avons évoqué Romain Duris, mais votre film c’est beaucoup et avant tout Virginie Efira qui est absolument bouleversante. Comment avez-vous fait votre choix ? Comment avez-vous décelé la détresse qu’elle pouvait avoir dans son jeu, en elle, pour ce rôle ?

Virginie Efira incarne avec brio la folie dans le film de Régis Roinsard

Régis Roinsard : Je n’ai pas forcément lu de la détresse dans des rôles précédents qu’elle a pu faire, j’avoue ne pas avoir vu tant de films que ça d’elle. Je n’ai pas vu les meilleurs films, peut-être. Mais je l’avais repérée dans une série qu’elle avait faite au tout début de sa carrière et où elle interprétait son propre rôle de manière décalée. La série est passée un tout petit peu inaperçue mais en la voyant je me suis dit : « Qu’est-ce qu’elle envoie du bois ! » Alors que la série n’était pas bonne, alors que rien n’était bon, elle était vraiment incroyable.

Et je me suis dit que cette femme, cette actrice, allait à un moment percer.

Si elle avait de la chance, si elle arrivait à être sur de bons projets. Et c’est ce qu’il s’est passé et ce qu’il se passe encore maintenant. J’ai presque toujours eu envie de travailler avec elle. Vu ce qu’elle dégageait, l’intensité, l’incarnation, le charme fou aussi qu’elle a, je me suis dit que j’adorerais tourner avec elle.

Mais je ne l’ai pas choisie en premier parce que j’ai essayé avant tout de former un couple, avant de choisir individuellement des acteurs. En mettant des photos, en les juxtaposant, Romain est arrivé face à Virginie et c’est là que je me suis dit que ça pourrait être un couple de cinéma merveilleux, étonnant. Connaissant Romain, je me suis dit que ça pouvait faire un feu d’artifice. Et c’est ce qui, je crois, se passe.

Est-ce que c’est de la folie aujourd’hui d’être hors norme ?

Régis Roinsard : Hum. C’est assez relatif en fait, ça dépend de quel côté on se place et de sa personnalité. Alors, oui, hors norme, pour la majorité, ça concerne aussi la peur qu’on peut avoir des choses. C’est une question profonde, qu’on ne m’avait jamais posée, une question très dure à synthétiser en tout cas. Moi, je sais

Qu’il y a une truc qui m’a réveillé il y a longtemps, un producteur m’avait dit : « Surtout, n’aies pas peur d’être fou. » Et autant j’ai pris ça pour mes créations en tant que réalisateur que pour ma vie de tous les jours aussi.

Je sais que ce film, à la fois de lire le livre, de le préparer et de le terminer, ça a beaucoup changé ma vie. Véritablement. C’est-à-dire que j’ai encore moins peur d’être fou et surtout dans l’intimité. Dans ma famille et au sein même de ma relation avec ma fille, par exemple. C’est très très différent. Des fois elle me dit que je suis barjo. Parce que je peux me mettre à faire le fou et à danser, parce que je pense que, dans l’éducation, il ne faut pas avoir peur. Ne pas avoir peur d’être soi-même, surtout, quand on n’a que de bonne intentions.

Et quelle est votre plus grande folie, à votre avis, Régis Roinsard ?

Régis Roinsard : Hum. Hum. Je ne sais pas. Hum. Je crois que je ne l’ai pas encore faite. Elle est à venir.

Vous nous en parlerez alors !

Régis Roinsard : Oui !

fête et danse dans l'appartement de Romain Duris et Virginie Efira

Est-ce que votre film, En attendant Bojangles, aurait pu avoir une autre fin ? Ou est-ce qu’elle était inéluctable.

Régis Roinsard : Je crois que quand j’ai lu le livre, j’ai été totalement bouleversé par les dix dernières pages. Surtout, je voyais les gens autour de moi qui étaient totalement bouleversés par cette fin. Donc, c’était difficile là, pour le coup, alors que j’étais complètement libre de faire ce que je voulais, de passer outre ça. C’est même d’ailleurs ce qui me motivait, d’une certaine manière, à faire le film. D’arriver à ce bout de l’histoire. Comment je vais réussir, graduellement, à faire en sorte qu’on ait autant d’empathie pour ce personnage, ce couple, cette famille et cet ami de la famille et arriver à ce que ce soit aussi puissant émotionnellement. Pour moi, c’était donc inéluctable que la fin du film soit exactement celle de la fin du roman.

Ben vous avez réussi ! Merci beaucoup !

Régis Roinsard : Oui, je suis désolé. Des gens me disent qu’ils n’avaient jamais autant pleuré au cinéma. J’en suis désolé et en même temps – alors, c’est vicieux – je suis très heureux. (Rires).

Romain Duris, Grégory Gadebois et Sloan

Est-ce qu’en fait, la recette d’une vie réussi c’est : un peu d’ordure et de superfétatoire ? En définitive, est-ce que le superflu est essentiel ?

Régis Roinsard : Ah ouais ! Si ça ne pouvait être que ça, ce serait merveilleux, d’ailleurs. Je pense que c’est en étant léger qu’on arrive finalement à être profond. Après, il faut un peu d’intelligence et d’éducation, un peu de choses comme ça, d’expérience. Mais, si on prend les choses de manière plus légère, dans la joie, moins dans la peur comme je le disais tout à l’heure, on peut arriver à vivre de manière meilleure. Et pas juste pour soi. En fait, je pense que ce n’est pas quelque chose d’individuel et c’est ce qui est dit dans le film. C’est le cas des personnages, en particulier celui de Romain (Duris) qui ne fait pas les choses pour lui, il fait les choses pour les autres.

D’ailleurs il est rattrapé à un moment dans une scène, ce qui est assez drôle. Dans ce garage dans lequel il devient très sérieux et sa femme le rappelle à l’ordre en lui disant qu’elle ne l’a jamais vu comme ça. Alors lui, d’un seul coup, repart dans la légèreté. Je pense que c’est plus qu’important. Et encore plus maintenant.

EN ATTENDANT BOJANGLES

Un film de Régis Roinsard avec Virginie Efira, Romain Duris, Grégory Gadebois et Solan Machado-Graner

En salles dès le 5 janvier 2022

© Studio Canal
©Roger Arpajou – Curiosa Film

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