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interview Catherine Corsini et Aïssatou Diallo Sagna actrice réalisatrice film La Fracture

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Film ‘La Fracture’ : La société l’a dans l’os, direction les urgences

La réalisatrice Catherine Corsini et la révélation cinéma Aïssatou Diallo Sagna nous parlent hôpital et révolution à l'occasion de la sortie du film 'La Fracture'.

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Une nuit au cœur des Urgences d’un hôpital un week-end de manifestations des Gilets Jaunes en France. La Fracture confronte les classes dans un huis clos social et sociétal hystérisé à l’humour. Un film jouissif et réflexif dont nous parlent en interview la réalisatrice et scénariste Catherine Corsini et l’actrice / infirmière Aïssatou Diallo Sagna.

L’ordre ou le cœur ? Est-ce qu’on peut choisir une place entre les deux ? La France est en crise. Les gilets jaunes se confrontent aux forces de l’ordre, l’hôpital est en grève. La réalisatrice Catherine Corsini s’attaque à la fracture qui précède la pandémie de COVID dans un pays qui hurle ses injustices. Un film, une tragi-comédie qui multiplie les parallèles entre les « blessures de guerre » et les blessures de fond, les fractures symboliques et les os qui craquent.

Un couple de femmes baignant dans la culture et les clichés bobo, un chauffeur de poids lourds portant fièrement son gilet jaune fluo, une infirmière qui enchaîne les gardes en tentant d’occulter son bébé malade à la maison. La politique, l’âge, l’argent, le travail, les privilèges, l’engagement militant, les personnages débattent leurs préjugés pour, peut-être, se découvrir des points d’accroche, réparer les fractures. La réalisatrice Catherine Corsini ainsi que son actrice, magnifique Aïssatou Diallo Sagna, nous parlent du film La Fracture en interview vidéo.

L’interview « Fracture » de la réalisatrice Catherine Corsini et de sa magnifique actrice Aïssatou Diallo Sagna

Fracture au propre comme au figuré

La société française dans toute sa misère…

Catherine Corsini raconte le revers des idées préconçues. Même les bobos parisiens ont des problème et peuvent faire faillite, même les gilets jaunes peuvent avoir des nuances. Les préjugés sont malaxés à grands coups de dialogues brillants qui fusent. La Fracture est sans aucun doute un film « bavard » qui joue des mots et des émotions, fortes, dans une cour des miracles qui crache sa dure réalité.

Une France qui souhaite uniquement être entendue, être écoutée, être prise en compte, subissant de plein fouet la misère hospitalière, avant même que le coronavirus ne pointe le bout de son nez. La quête d’une forme de respect au sens large dans un lieu qui reçoit nos vulnérabilités : l’hôpital.

L’hôpital, comme une arène qui s’incarne et devient personnage, dresse les murs d’un huis clos qui enferme une bombe à retardement sur le point d’exploser. Tout en racontant une peur de la solitude commune. Dans ce décor surpeuplé de réalités humaines si différentes et pourtant si semblables dans la détresse, les écrans de télévision témoignent d’un contexte au cadre plus large.

urgences d'un hôpital en grève avec marine Foïs et Valeria Bruni Tedeschi

« Acceptez la douleur »

Pour ne pas donner de leçon, Catherine Corsini raconte sa propre histoire en évitant de moraliser ou de juger. Incarner des personnages de tous bords en jouant des coudes et des clichés sans tomber dans la bien pensance ou le militantisme partisan.

Comment ne pas tomber dans la caricature ou le stéréotype, notamment quand la crise est encore si bouillonnante et si récente ? Et comment ne pas être obsolète alors que d’autres vagues d’actualité ont submergé les manifestations de gilets jaunes qui semblent bien lointaines. Lointaines, vraiment ?

La Fracture

 

Raf et Julie, un couple au bord de la rupture, se retrouvent dans un service d’Urgences proche de l’asphyxie le soir d’une manifestation parisienne des Gilets Jaunes. Leur rencontre avec Yann, un manifestant blessé et en colère, va faire voler en éclats les certitudes et les préjugés de chacun. À l’extérieur, la tension monte. L’hôpital, sous pression, doit fermer ses portes. Le personnel est débordé. La nuit va être longue…

Dialogues virtuoses pour des rôles hauts en couleurs et en douleurs

Comme dans toutes les comédies, on s’engueule, en s’insulte, on crie parce qu’on n’est pas d’accord… Les personnages confrontent leurs contradictions avec une fulgurance et un rythme effréné. dans ce lieu qui force à la patience, qui décuple les angoisses, qui recueille la douleur. Alors, forcément, ça pète, dans tous les sens, ça pétarade, ça hurle, ça pleure.

Et on rit.

Qu’est-ce qu’on rit. Entre nos expériences personnelles qui se rappellent à notre bon souvenir et notre empathie qui rebondit inlassablement d’un personnage à l’autre. Quel plaisir de voir Valeria Bruni Tedeschi se débattre dans une scène de radiologie d’anthologie entre deux engueulades avec Marina Foïs qui tente de larguer cette compagne envahissante et égocentrique ! Mais si touchante. Sexy même. Une figure de la France parmi tant d’autres.

Et puis, pour temporiser l’hystérie, une infirmière, Aïssatou Diallo Sagna. La révélation de ce film. Aide-soignante dans la vie, la comédienne en herbe apporte une véracité calme, une douceur sincère à cette femme infiniment touchante qui parcours les couloirs de l’hôpital en prenant en compte chacune des personnes qu’elle croise, dont elle prend soin. Au vrai sens du terme. Une caresse, un sourire, un mot gentil. Aïssatou Diallo Sagna incarne l’humanité à elle toute seule, même si on lit dans ses yeux que c’est une notion qui tend à s’évaporer. Et n’est-ce pas finalement le principal propos du film La Fracture ?

interview Catherine Corsini et Aïssatou Diallo Sagna actrice réalisatrice film La Fracture

L’interview de Catherine Corsini et Aïssatou Diallo Sagna en intégralité pour le film "La Fracture"

Bonjour Mesdames ! Pourrions-nous vous demander de vous présenter mutuellement ?

Catherine Corsini : Bonjour ! Je vais vous présenter la personne qui est à côté de moi. C’est Aïssatou Diallo Sagna qui est Kim dans le film, elle joue une infirmière. Et je lui passe le micro. (Rires) Je ne sais pas faire les présentations, c’est affreux.

Aïssatou Diallo Sagna : Ce n’est pas évident. Du coup, je vais vous présenter la personne qui est à ma droite. Il s’agit de Catherine Corsini, une grande réalisatrice, qui a fait un sacré pari, ma foi. Je lui en suis très reconnaissante, ça c’est certain. Et… voilà… c’est pas facile !

Aïssatou, est-ce que vous pouvez nous raconter votre rencontre, avec Catherine Corsini ?

Aïssatou Diallo Sagna : J’ai rencontré Catherine à la troisième ou quatrième étape du casting. J’avais d’abord vu la directrice de casting du film La Fracture et son assistante, mes premières interlocutrices. Et au bout de trois-quatre séances, j’ai rencontré Catherine. C’était très impressionnant. D’ailleurs, je la vouvoyait et elle me disait : « Mais dis-moi « tu » ! » et j’en étais complètement incapable.

Catherine Corsini : J’ai beaucoup de mal à vouvoyer, moi…

Aïssatou Diallo Sagna : Ah oui, mais moi j’avais une grande dame devant moi… c’était improbable que je la tutoie.

Catherine Corsini : Je ne me rends pas compte que je suis vieille…

Aïssatou Diallo Sagna : Donc, c’est à ce moment-là que j’ai rencontré Catherine. Elle avait déjà vu des essais et elle m’a dit que concrètement, je n’étais pas là que pour faire de la figuration. C’est là que c’est devenu un petit peu sérieux. (Rires)

casting du film La Fracture Catherine Corsini Aïssatou Diallo Sagna Pio Marmaï Manrina Foïs et Valeria Bruni Tedeschi

Les manifestations d’hier ne sont pas les mêmes que les manifestations d’aujourd’hui, selon le personnage interprété par Pio Marmaï dans le film La Fracture. Qu’est-ce qui les différencie ?

Catherine Corsini : Les manifestations d’aujourd’hui, on l’a vu, sont terriblement violentes. Ce qui fait que beaucoup de gens ont du mal à y aller, parce qu’on a peur de se faire éborgner, de perdre un œil… Il y a quand même une tension très forte aujourd’hui dans les manifestations. Le côté « bon enfant » de se retrouver ensemble est un petit peu… Ouais, c’est chaud. J’avoue que moi j’ai un peu peur d’aller manifester. En plus, maintenant, on « nasse », c’est-à-dire qu’on enferme les gens sur les places. C’est quelque chose que j’ai vécue il n’y a pas si longtemps, ce n’est pas très agréable. Donc, c’est peut-être en ça qu’il y a quelque chose de différent.

Quels sont alors les révolutionnaires actuels ?

Catherine Corsini : Je pense que c’est toujours les mêmes. Les gens qui sentent les injustices les plus violentes, dont on sent qu’ils n’ont pas les mêmes choses que certains, qui se sentent lésés. La société s’est durcie, quand on pense qu’aujourd’hui des gens qui ont un travail ne peuvent pas se loger parce que les logements sont trop chers. Quand on voit que tout à coup des réformes qui peuvent paraître justes sont faites, comme d’augmenter le prix de l’essence, sur des choses qui paraissent aller dans le sens de l’époque mais qui en même temps pénalisent des gens.

Ceux qui sont obligés de faire des transports de plus en plus loin pour emmener leurs enfants à l’école, etc. Ce sont toutes ces choses que la crise des gilets jaunes a mises en lumière. C’est qu’on n’est pas égaux. On n’est pas égaux quand on est à Paris et qu’on a des transports. Pas égaux quand on est en province et qu’on est loin d’un hôpital, de la poste, de son travail.

Et on a fait en sorte d’opposer ceux qui seraient les plus évolués de ceux qui seraient les plus arriérés.

On a essayé d’opposer deux France et ce n’est pas juste. Parce qu’on ne vit pas dans le même environnement. Donc comment trouver les outils pour faire avancer, effectivement, la cause écologique sans pénaliser. Ce sont les réformes qui peuvent être justes et intéressantes. Mais pas de déshabiller Paul pour habiller Pierre et inversement. Je pense que c’est là-dessus que se base mon analyse pour ne pas caricaturer les gilets jaunes, justement.

manifestation des gilets jaunes Paris cinéma film de Catherine Corsini avec Pio Marmaï

Est-ce que vous pensez alors que, avec cette année qui s’annonce, avec la prochaine élection présidentielle, ces enjeux-là vont faire partie du débat ?

Catherine Corsini : Pffffffff, je ne sais pas. J’ai l’impression que… J’aimerais croire en la parole politique, au fait qu’on essaie de s’écouter. Mais pour l’instant je n’entends que des égos. Pfff… J’ai peur d’une confusion, j’ai peur des extrêmes. Effectivement, j’aimerais qu’on essaie d’avoir un tout petit peu plus de discipline, même, pour s’écouter et s’entendre. Mais je ne sais pas du tout comment ça va se passer. Comment on va réussir à trouver les outils, déjà pour que cette démocratie fonctionne.

Parce que, plus ça va, plus on vote.

Enfin, on vote, mais de moins en moins de gens votent, en fait. Les gens sont élus avec tellement peu de voix ! Donc il va y avoir un jour un problème de légitimité. C’est un peu ça le souci auquel on va se trouver confronté prochainement si on n’arrive pas à écouter justement un peu plus ce qu’il se passe, à en prendre le pouls. Et arrêter d’avoir des discours creux et lénifiants. De grandes paroles et puis derrière il n’y a rien.

Avec tout ce qu’il se passe aujourd’hui, c’est quand même hallucinant ! C’est-à-dire qu’on a un Président qui va nous parler de la cause écologique et qui va par ailleurs se faire re-toquer par je ne sais plus quel conseil… On se dit qu’on marche sur la tête et qu’on nous prend quand même pas pour des… imbéciles. Mais un peu quand même.

Est-ce que vous diriez que les hôpitaux sont les nouvelles églises ? Des refuges où tout le monde est le bienvenu ?

Aïssatou Diallo Sagna : C’est certain que l’hôpital, et plus précisément les urgences, c’est d’abord un lieu d’accueil. Comme dans le film La Fracture. On accueille tout le monde sans aucune discrimination, ni classe sociale. Un refuge… Oui et non. Parce que dans la mesure où il y a de moins en moins de places dans les hôpitaux, dans les services d’hospitalisation, les gens restent plus souvent aux urgences. Ce qui fait qu’on ne peut plus se permettre de garder des patients au-delà du nécessaire.

À part peut-être pendant les périodes de grand froid où il y a quand même des choses qui sont mises en place pour accueillir les « Sans Domicile Fixe » pour pouvoir leur proposer ne serait-ce qu’une collation ou une couverture. Mais ça vient à s’éteindre en fait. Parce qu’on est dans une société de profits. Il faut faire de l’argent. Moi, depuis que j’ai entendu le terme de « patientèle » je me rends compte qu’on perd en humanité.

Valeria Bruni Tedeschi et Pio Marmaï aux urgences

Est-ce que vous pensez qu’une fiction (comme le film "La Fracture") qui a pour sujet un sujet aussi sensible et récent que la crise des gilets jaunes, de l’hôpital et plus largement de la société, peut avoir plus d’impact qu’un reportage ou un documentaire ?

Je ne saurais pas vous dire, parce qu’il y a d’énormes films documentaires extraordinaires comme les films de Michael Moore qui ont des succès planétaires. Et des films de fiction qui peuvent aussi toucher. Moi, je ne peux pas me poser cette question parce que je ne sais pas faire du documentaire. De toutes façons, ma seule arme, c’est la fiction.

Après, je venais de faire deux films d’époque et j’avais très envie de faire un film qui parle vraiment d’un sujet contemporain. Et je me dis, effectivement,  qu’avec le cinéma français on est quand même très confortable, alors il faut qu’on arrive aussi à parler du monde d’aujourd’hui. Mais c’est compliqué parce qu’en fiction, on est toujours un peu en retard sur ce qu’il se passe. Le temps d’écrire un film, le temps qu’il se fasse…

La preuve, quand j’ai fini d’écrire le film La Fracture, il y a eu le COVID.

Donc, je me suis demandé s’il fallait que je raconte encore cette histoire. Certaines personnes me disaient d’arrêter de parler des gilets jaunes, que c’était déjà fini, qu’on ne sait pas ce qu’il en sera quand le film sortira, etc.

J’ai essayé à un moment d’introduire le COVID dans le scénario, mais ça faisait opportuniste… Et, il y est, justement, il y est d’une manière incroyable. Mais quand on est avec des financiers qui nous reprochent de ne pas avoir parlé de ci ou de ça, on se pose des questions. Et puis, bizarrement, j’ai tenu toutes les choses sur lesquelles je m’étais engagée et, en fait, en général, il n’y a rien de mieux que de tenir sur ce en quoi on croit. Mais je réfléchis, voilà.

Par rapport à la fiction, je pense que…

C’est bizarre parce que je trouve qu’au contraire, le documentaire vous prend par l’émotion. Parce que, même si on manipule toujours, (avec le montage, qui donne une ligne éditoriale) il y a, avec le documentaire, la sensation d’une vérité. Donc tout d’un coup, quand on vous montre des choses terribles, c’est tellement puissant, c’est tellement fort, que je trouve qu’au niveau émotionnel, ça… wouah…

Tandis qu’une fiction vous permet – d’avoir de l’émotion, oui, aussi –d’avoir de la réflexion. Parce qu’on sait qu’on raconte une histoire. Après, il y a la manière. Je trouve qu’il ne faut pas être otage d’un sujet. Il faut laisser le pouvoir de réfléchir au spectateur. Même si là (avec le film La Fracture) on va vite, même si on est dans une course, qu’on essaie de montrer une nuit…

Il faut quand même que le spectateur puisse être amené à réfléchir.

Je n’aime pas quand on l’assomme d’un truc et qu’il ne peut penser qu’une chose. C’est ce qu’il y a dans le film La Fracture. Il y a le point de vue des filles, comment elles réfléchissent. Et on leur renvoie leur image. Il y a lui (Pio Marmaï qui incarne un gilet jaune) qui se confronte à Valeria (Bruni Tedeschi). Et puis il y a l’hôpital. Donc il y a quand même beaucoup de points sur lesquels on peut s’identifier. Se dire qu’on se moque de tel personnage, mais qu’il s’amuse aussi d’un autre. En même temps, il y a de la tendresse.

On se rend compte de ce qu’est l’urgence.

Ces gens qui doivent en une nuit passer d’un service à l’autre, d’une chambre à l’autre, sans en avoir les moyens. Quelqu’un qui crie, quelqu’un qui a ça, quelqu’un qui a une crise. Cette pression. Donc ce qui est important, c’est de pouvoir se mettre à la place de. De pouvoir bouger, de changer de regard.

La fiction amène aussi un langage, une poésie, une espèce de liberté de ton. On peut s’amuser en était parfois drôle, parfois émotionnel. C’est une re-création. Je trouve que quand on recrée on peut peut-être beaucoup plus parler des choses. Quand on voit un documentaire on est assommé par ce qu’on voit. Ben voilà, c’est comme ça, voilà. Avec la fiction, je trouve qu’on est amené à déplier un peu plus les événements.

Marina Foïs avec Pio Marmaï à l'hôpital aux urgences dans le film de Catherine Corsini

Catherine Corsini dit qu’elle épuise ses acteurs pour qu’ils se perdent dans l’histoire. Est-ce que vous avez été réussi à être perdue dans ce décor si réel que vous connaissez si bien ?

Non. Je ne dirais pas ça. Je pense qu’elle a été beaucoup plus douce avec nous, les non- acteurs, sur ce film. Ce qui a amené du rythme, c’est cette pression constante, cet apport d’urgence. Alors, moi, j’ai couru mais ça m’a fait du bien ! Elle m’a fait courir quand même un peu. (Rires)

Catherine Corsini : Il y a bien des soirs où tu étais épuisée quand même !

Aïssatou Diallo Sagna : Oui, quand même. (Rires)

Catherine Corsini : La scène de la prise d’otage…

Aïssatou Diallo Sagna : Oui, là c’était une fatigue émotionnelle. Il s’est passé des choses et c’était une belle surprise. Pour tout le monde et d’autant plus pour moi.

Le personnage de Valeria Bruni Tedeschi est survolté, râle tout le temps, touchant, compliqué pour la cohabitation, sexy, égocentrique et généreux, drôle et insupportable. Est-ce que Raf, c’est la France ?

Catherine Corsini : (Rires) Euh… Ouais. En tous les cas, c’est une bonne partie de la France, oui. Dans ses contradictions, dans son côté, effectivement, extrêmement râleur, son côté « moi, moi, moi », « j’ai raison ». Il y a pas mal de choses dans lesquelles je me reconnaît complètement, mais qui font partie un peu de l’imagerie qu’on a de la France.

C’est marrant, quand vous parlez du fait d’épuiser les acteurs, je pense qu’il y a beaucoup de soirs où Aïssatou était épuisée. Mais comme il y avait un plaisir, je crois, comme pour les autres, un tel plaisir de jouer – comme Valeria, qui a aussi beaucoup beaucoup donné – un tel plaisir d’inventer, on avait tous envie d’y retourner. On fait quand même un métier où on joue ! Je trouve ça dingue. Quand j’étais petite, je voyais des acteurs, des Messieurs quoi, comme Michel Bouquet, et je me disais que c’était des Messieurs sérieux quand même, et ils jouent. Parce que même si on joue de ses tripes, de ses émotions, on joue, on est dans un jeu. Et ça c’est quand même extraordinaire.

En plus, comme on était dans une arène (l’hôpital, décor du film La Fracture), on avait, je trouve, encore plus le sentiment de jouer.

Aïssatou Diallo Sagna, Valeria Bruni Tedeschi et Marina Foïs au festival de Cannes

Dans le film La Fracture, on entend qu’il faut avoir la foi. Avez-vous la foi ? La foi en demain ?

Catherine Corsini : Personnellement, je trouve que pour faire un film, il faut avoir la foi. Le cinéma est une histoire de croyance. Il faut croire en ce qu’on fait mais aussi en ce qu’on raconte. C’est impossible de faire ce métier sans y croire. Même si là, par exemple, je suis un peu désespérée parce que le public ne revient pas complètement dans les salles. Mais j’ai quand même foi.

Je suis terriblement pessimiste, mais terriblement pessimiste, et en même temps, j’ai une foi inconditionnelle pour demain. Je crois qu’on va trouver des solutions, je crois beaucoup en la jeunesse. Elle a été malmenée par cette pandémie, on lui a tout jeté à la figure, mais je les trouve extraordinaires, déments. J’aime cette jeunesse et j’ai foi en cette jeunesse qui va, je suis sûre, nous épater. Je ne veux surtout pas les censurer comme on a pu le faire avec cette crise.

Pio Marmai sur un brancard Gilet jaune blessé manifestations

“À ma petite échelle, avec les moyens que j’ai, le cœur que j’ai, je fais ce que je peux.”

Aïssatou Diallo Sagna : Moi, c’est un peu différent, forcément, dans le milieu hospitalier. Je n’ai pas la prétention de dire que je peux changer quoi que ce soit, mais je suis ravie de faire partie des maillons d’une chaîne qui aide les gens à se sentir mieux, quand même. Si j’arrive à décrocher un sourire aux patients que j’accueille, j’ai gagné ma journée.

Parce qu’ils arrivent, ils perdent tous leurs repères, ils sont anxieux, douloureux. Ça ramène forcément à des expériences antérieures. Moi, l’hôpital, c’est ma deuxième maison, je m’y sens bien, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Si je peux les aider, les accompagner pendant leur court séjour, je suis ravie. C’est ça ma satisfaction à moi.

Après, bien sûr – sans faire de la politique parce que je ne suis pas là pour ça – il est certain qu’il y a beaucoup de dysfonctionnements. Il y a énormément de choses à changer. Ça n’allait pas déjà avant le COVID et que ça ne va toujours pas mieux. On nous a applaudis quelques semaines et bien sûr ça a fait chaud au cœur et aujourd’hui on nous pointe du doigt. Advienne que pourra. Mais moi, à ma petite échelle, avec les moyens que j’ai, le cœur que j’ai, je fais ce que je peux. Et bien sûr, en étant maman, j’espère un avenir meilleur pour demain. Bien sûr.

film La Fracture affiche réalisatrice Catherine Corsini

La Fracture, le film

Un film de Catherine Corsini avec Valeria Bruni Tedeschi, Pio Marmaï, Marina Foïs, Aïssatou Diallo Sagna

En salle dès le 27 octobre 2021

Fiche sur AlloCiné

Photos ©Pathé Films Distribution

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