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Pauline Croze album Après les heures grises chanson française interview chanteuse 2022

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Interview : Pauline Croze revient après les heures grises

Démarrer l’année avec douceur en écoutant le dernier album de Pauline Croze, Après les heures grises. Rencontre avec l’artiste discrète et sensible.

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Avec sa voix reconnaissable entre toutes et sa guitare dans les bras, Pauline Croze nous offre un sixième album intime, intelligemment subversif, coloré : Après les heures grises. Confidences et joyeuses révélations, Pauline Croze se confie en interview pour JJSphere.

C’est un mélange. Entre la familiarité réconfortante d’un canapé qui commence à s’enfoncer à force de s’y être lové et puis le charme de la nouveauté, de la modernité. Le nouvel album de Pauline Croze s’extirpe, Après les heures grises, pour un renouveau, peut-être pas si optimiste que ça, mais qui se joue du fade et de « l’entre-deux ». Sans concession, la musicienne, auteure et interprète lance des mots qui volent, audacieux, au-dessus des absurdités de notre monde et s’amuse, doucement ironique, de ses contre-sens. La bande-son idéale pour commencer une année dans la légèreté, sans naïveté.

Entre ironie, calme et modernité, Pauline Croze est un renard

Depuis ses débuts tonitruants en 2005, Pauline Croze continue de séduire son audience en sautant du coq à l’âne avec la grâce d’un renard et la fluidité d’une biche aux yeux en amandes. Ses rythmes syncopés ensoleillés soutiennent des paroles parfois graves. Riche de collaborations qui donnent aux mélodies de Pauline Croze un souffle plus urbain, Après les heures grises est la promesse d’une balade accompagné d’un animal hybride et malicieux, tel que sait les esquisser Joann Sfar, heureux responsable de la pochette de l’album. Sur un chemin qui part du gris de la ville, l’horizon s’adapte à celui qui l’approche. Libre.

L’interview intégrale, tout en douceur, de Pauline Croze

Portrait de l'auteure musicienne interprète Pauline Croze

Bonjour ! Pouvons-nous vous demander de vous présenter à votre manière ? Vous avez carte blanche.

Pauline Croze : Je m’appelle Pauline Croze, je joue de la guitare, je chante et je suis auteur, compositeur, interprète. Et voilà, je ne peux pas me lever le matin sans faire de musique donc je dirais que ça me résume en entier.

Vous venez de sortir votre sixième album intitulé Après les heures grises. Justement, qu’est-ce que c’est une heure grise ?

Pauline Croze : Je dirais que c’est une heure où on est dans le… Comment on peut dire ? On est dans une sorte, un petit peu, de confusion, de trouble. C’est un mélange de confusion, de tristesse, d’incertitude. Et c’est marrant parce que ça me fait penser au fait que, vous savez, quand on mélange toutes les couleurs et qu’on les fait aller très vite, en optique, ça fait du gris. Voire du blanc. Pour moi, c’est ça. C’est quand toutes les couleurs se mélange et que tout est très confus, tout est brouillon. Alors ça donne une sorte de gris pas très agréable à vivre.

À votre avis, en quoi cet album est plus libre que les précédents ?

Pauline Croze : Je pense que c’est, déjà, dans le ton. Dans l’intention des textes. Et je dirais que dans certaines chansons, j’ai été dans des directions que je n’avais jamais abordées auparavant. Avec Kim (une chanson qui évoque le dictateur nord-coréen Kim Jong-un), par exemple, il y a vraiment un côté « 36ème degré » qui ne faisait pas du tout partie de ma musique avant. Pourtant, pour moi, il y a toujours une profondeur. Certaines personnes ne rentrent pas dans la chanson, parce qu’il croient que c’est un peu ludique ou comique. Mais pas du tout. Même s’il y a du second degré, ou du troisième degré, il y a de la profondeur.

Il y a d’autres titres, comme Phobe, pour lesquels je voulais être moins nombriliste, quelque part. Être moins égocentrée sur ma vie. Je voulais vraiment faire un portrait très direct et très cash de mon environnement. Et puis, c’est aussi par rapport à la direction artistique et aux réalisateurs que j’ai choisis. Il y a des partis pris plus urbains pour certains morceaux, un peu plus électro pour d’autres.

C’est vrai que je n’ai jamais revendiqué de faire absolument de la chanson française.

J’aime beaucoup ça, mais je n’en fais pas mon cheval de bataille absolu. Mais je voulais trouver un juste équilibre entre ma base, qui est le guitare-voix – de toute façon et on ne me l’enlèvera jamais – tout en allant flirter avec d’autres sons. Et surtout, l’enjeu de ce mélange était qu’il fallait que ça reste élégant et délicat.

Sachant aussi que je ne suis pas une jeune artiste qui naît avec l’urbain. J’ai un parcours et il ne fallait pas que ça fasse « déguisement » non plus, tous ces sons.

Vous venez de parler de votre chanson, "Phobe". De quoi êtes-vous le plus -phobe en ce moment ?

Pauline Croze : Du bruit. (Rires) En fait, je déteste le bruit. Je ne sais pas, moi… Une porte qui claque, un robinet qui goutte… Parfois je pense aux gens qui vivent en appartement et je me dis : « Mais mon Dieu, ils doivent souffrir atrocement ! ». Parce qu’on entend du bruit en haut, en bas, les pas, tout ça. Je suis très -phobe du bruit et je peux très vite me hérisser parce que ça m’agresse. Mais je pense qu’avoir fait beaucoup de concerts et de musique ça a rendu mes oreilles très sensibles. Et comme je fais de la musique très souvent, au quotidien, le repos des oreilles est vraiment très précieux. Donc, voilà ma phobie actuelle. Mais j’en ai d’autres qui vont venir ! (Rires)

Quel est le titre dans cet album qui vous représente le mieux ?

Pauline Croze : Alors… J’hésite… Entre Je suis un renard et No Derme. Je me sens vraiment aussi très proche de No Derme, mais disons que Je suis un renard est beaucoup plus ouvert et englobe aussi le sentiment que porte la chanson No Derme. Donc, je dirais Je suis un renard, je pense.

Dessin illustration aquarelle de Joann Sfar

Pauline Croze par Joann Sfar

Joann Sfar a créé la pochette de cet album, Après les heures grises, pourriez-vous nous parler de cette collaboration ?

Pauline Croze : Joann Sfar est un artiste que je suis depuis très longtemps. Je suis fan de bandes-dessinées, d’illustrations, de dessins. Et en fait, il y a quinze ans, je lui ai envoyé un petit mot sur sa boîte email qui s’appelait à l’époque Pastis.org – (Rires) c’était bien trouvé. C’est vrai que ses carnets, en particulier, ont vraiment été importants dans ma vie, donc, je lui ai envoyé ce petit mot en lui disant que j’adorais son travail et il m’avait répondu très gentiment. Et de loin en loin, nous avons gardé contact.

Il y a deux ans, j’ai commencé à le suivre sur Instagram. Et au moment de l’élaboration de l’album et des documents de communication à son sujet, au sujet de ce virage que je prenais artistiquement, il fallait qu’on mettent en place une bio. Bien sûr, il fallait faire appel à un auteur de bio et moi j’ai pensé à Joann Sfar. Mais c’est vrai qu’il n’écrit pas forcément sur ce genre d’outil. Et avec mes collaborateurs, on s’est dit que ce serait peut-être sympa de lui demander un portrait. De faire une bio en portrait.

Je l’ai contacté et au bout de plusieurs rendez-vous avortés, parce qu’il est très pris, on a enfin trouvé un créneau pour se voir. Et donc, j’ai passé un déjeuner avec lui et sa femme, c’était très sympa. On a mangé ensemble, on a bu quelques verres de vin.

Au cours du repas, il avait ses aquarelles, son carnet, il m’interrogeait un peu sur l’album, sur ma vie, pendant ce temps-là il dessinait.

Il m’a fait 5-6 portraits dont un qu’on trouvait super pour la bio. Mais au-delà de ça, il y a vraiment un dessin qui a fait l’unanimité. On s’est dit que cette illustration-là serait super pour l’album et depuis le début, avec mon équipe, c’est ce portrait de Pauline avec un renard-loup-chat-chien – on y met ce qu’on veut. Je suis très fière et toujours très émue, parce que c’est un artiste que j’admire profondément. Parfois, je n’en reviens toujours pas d’avoir sonné sur son interphone et qu’il m’ait répondu. (Rires) C’était une super rencontre.

Et ça représente extrêmement bien votre univers.

Pauline Croze : Oui, c’est vrai. C’est très délicat, c’est moi. Il cerne tellement bien, je trouve, l’aura des gens, il a vraiment l’intelligence du trait. Je suis vraiment ravie.

concert Pauline Croze sur scène

Vous n’hésitez pas à pointer du doigt la société d’aujourd’hui, ses contradictions, ses excès, son manque de nuances. Pensez-vous qu’on ne soit plus capable de prendre du recul ? De prendre du temps, tout simplement ?

Pauline Croze : Oui. Mais après, c’est toujours pareil, il y a la démarche individuelle et il y a la démarche collective et le fait d’être pressé par la société pour fonctionner d’une telle manière. Je dirais qu’individuellement il faut essayer de toujours se dire : « Voilà. Je prends du recul par rapport à telle situation, je ne réponds pas forcément aux injonctions sur tel sujet. » Si on n’est pas prêt à aborder un sujet, il ne faut pas se laisser mettre la pression. Quand je dis qu’on subit la pression sociale, c’est qu’on est poussé à réagir. On est poussé à réagir sur les réseaux, on est poussé à être vraiment la tête dans le guidon et à tout de suite prendre position.

Parfois, malheureusement, le manque de nuances fait qu’on est trop radical. Je n’aime pas du tout l’effet de groupe que ça provoque, l’effet de tourbillon qui ne me semble pas très sain. Moi, je ne suis pas à l’aise du tout là-dedans. Chacun devrait essayer de ne pas se laisser faire par cette pression sociale et s’efforcer de se faire son propre avis. Même si on pioche des choses par-ci par-là pour essayer de comprendre le monde.

Après, je ne dis pas que j’y arrive. Mais j’essaie de ne pas me laisser influencer. Parce qu’on est vraiment à l’époque des gens qui veulent brasser, emporter les autres dans une opinion sans qu’ils réfléchissent. Ça ne me va pas du tout. Avec le sensationnalisme aussi, on est happé. On réagit de manière très tripale. Parfois on ne prend pas le temps de vérifier une info, et après on se rend compte qu’il y a plus de nuances, que ce n’est pas forcément aussi radical que la présentation qui nous a été faite.

Vous avez quand même de l’espoir pour demain ?

Pauline Croze : Aucun ! (Rires) Je vais vous le dire tout de suite, je n’ai aucun espoir. À la base, je ne suis pas quelqu’un d’optimiste. Non, je ne suis pas très optimiste pour nos lendemains, non. Parfois je me dis : les gens qui ont des enfants aujourd’hui, qui sont plus ou moins jeunes, comment est-ce qu’ils vivent tout ça ? Comment est-ce qu’on peut supporter de mettre au monde des êtres qu’on chérit, de les poser dans ce monde qui est complètement… Bon, ça n’a jamais été rassurant, on a toujours vécu des périodes d’incertitudes mais… Là, je vois plutôt les choses en noir.

Justement, c’est ce qu’il y a après les heures grises ? C’est le noir ?

Pauline Croze : Haha ! Disons que mes heures grises à moi, j’essaie de les transformer effectivement en quelque chose de plus lumineux. Mais c’est vraiment à titre individuel. Collectivement, je ne sais pas si on va transformer l’essai. Après, ma transformation de ces heures difficiles, c’est d’en avoir fait des chansons, tout simplement. De créer une dynamique artistique qui fasse rêver les gens, qui leur permet de, eux aussi, trouver leurs réponses. C’est peut-être un petit périmètre, mais si ça peut déjà faire mouche et faire que des gens se sentent accompagnés par ma musique, j’aurai transformé ces heures grises.

Et puis, le fait de faire un album entraîne le plus souvent des dates de concert. Or j’avais beaucoup de doutes sur le fait de faire une tournée… et j’ai une très belle tournée qui s’annonce. Là, je sais que les heures grises sont derrière parce que je vais faire de beaux concerts, j’ai une belle équipe de musiciens, je travaille avec des gens que j’apprécie beaucoup. Voilà. Du coup, tous ces épisodes un peu sombres me permettent de faire une catharsis et de partir sur la route avec des gens que j’aime et qui vont souffrir avec moi sur ma musique (rires).

Alors… En parlant d’heures… Quelle est votre heure préférée de la journée et quelle pourrait être sa couleur ?

Pauline Croze : Je suis quelqu’un qui aime beaucoup dormir… Avec la musique, c’est une de mes passions ! (Rires) En fait j’aime beaucoup l’heure du coucher. Parce que j’adore me mettre au lit avec un bouquin, avec une petite tasse de thé vert, tranquille. J’aime quand il fait nuit dehors. C’est la couleur « nuit » qui me plaît. Oui, j’aime beaucoup ce moment d’apaisement, quand on a vécu sa journée, plus ou moins chargée de choses à faire. Et c’est le moment de répit que je trouve très agréable. L’heure que j’aime aussi, c’est celle du réveil, quand j’écoute la radio le matin. J’écoute France Info en buvant mon café dans mon lit. C’est mon classique. Ces deux moments-là sont mes préférés.

Photos : Pauline Croze ©Julie Trannoy

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