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interview MB14 Mohamed Belkhir dans le film Ténor avec Michèle Laroque opéra chant lyrique

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Interview : Le talentueux beatboxer MB14 devient Ténor

Rencontre avec MB14, l’artiste capable de faire le grand écart entre The Voice et Opéra Garnier, beatbox et chant lyrique, YouTube et cinéma.

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Barbe épaisse, cheveux de jais rassemblés en catogan, le blouson mauve et le sourire jusqu’aux oreilles, nous avons rencontré Mohamed Belkhir dit MB14 pour une interview entre cinéma et chant lyrique. Le prodige se révèle effectivement dans le film de Claude Zidi Jr. TÉNOR, aux côtés de Michèle Laroque.

Une « success story », littéralement traduite par « histoire de succès », récit d’une ascension sociale, professionnelle ou amoureuse, reste une affaire qui marche. Parce que ça fait du bien de voir quelqu’un réussir. Au-delà des envies et des jalousies réductrices, le triomphe de l’un fait le bonheur de l’autre. Au cinéma, on en raffole. Tout en sortant de la salle en minimisant la qualité du film avec un « mouais, c’était pas mal », le cœur du spectateur que nous sommes reste transporté, ému, empli de joie et de satisfaction par procuration. Une trame simple, un protagoniste empêché qui va surmonter les embûches pour briller, quelques rebondissements, des personnages secondaires qui lui tendent la main ou, au contraire, lui compliquent la vie (mais jamais jusqu’au bout), sont les ingrédients d’un film qui fait du bien, sans prétention, qui crée de l’émotion. Les ingrédients du film TÉNOR de Claude Zidi Jr. dans lequel le chanteur beatboxer et acteur Mohamed Belkhir dit MB14 accède au paradis sous l’œil bienveillant de Michèle Laroque.

Nous avons rencontré cet artiste protéiforme et n’avons pas manqué de tracer des parallèles entre son talent, sa vie, sous les projecteurs, et celle de son personnage dans le film. Interview.

Le JJQuiz en vidéo de MB14

MB14, du show The Voice au paradis de l’Opéra Garnier

Une histoire de discrimination positive ? Peut-être. Une utopie humaine où les méchants ne le sont jamais vraiment, où les gentils tendent la main et où tout se termine bien, à la fin, avec une larmichette ? Certainement. Et alors ? De voir ceux qu’on ne soupçonnerait pas se révéler dans un domaine hors des sentiers battus par les préjugés, est-ce si désagréable ? Sur le chemin des Pretty Women de ce monde, MB14 se joue des plafonds de verre et compte bien atteindre le paradis… de l’Opéra Garnier.

le paradis de l'Opéra Garnier
MB14 chanteur lyrique à l'Opéra Garnier dans le film Ténor interview

TÉNOR

Antoine, jeune banlieusard parisien, suit des études de comptabilité sans grande conviction, partageant son temps entre les battles de rap qu’il pratique avec talent et son job de livreur de sushis. Lors d’une course à l’Opéra Garnier, sa route croise celle de Mme Loyseau, professeur de chant dans la vénérable institution, qui détecte chez Antoine un talent brut à faire éclore. Malgré son absence de culture lyrique, Antoine est fasciné par cette forme d’expression et se laisse convaincre de suivre l’enseignement de Mme Loyseau. Antoine n’a d’autre choix que de mentir à sa famille, ses amis et toute la cité pour qui l’opéra est un truc de bourgeois, loin de leur monde.

MB14 Mohamed Belkhir dans le film Ténor avec Michèle Laroque opéra chant lyrique

Alors, certes, ce n’est pas un film qui fait réfléchir (quoique, on peut remettre en question ses propres préjugés…), c’est un film d’émotion, d’humanité, le tout dans une ambiance volubile menée par un Mohamed Belkhir bien dans ses baskets. Qu’elles lui servent à livrer des sushis ou à chanter Puccini. Comment briser les codes, s’amuser des cases et en faire une fable. Peut-être peu réaliste, elle met à l’honneur certaines valeurs comme la générosité, la famille, le travail. Et si on s’y penchait un peu plus, justement ? Avec une larmichette à la fin, évidemment.

L’interview en intégralité de Mohamed Belkhir, MB14, concentré d’énergie, de joie et d’ambition

interview de MB14 artiste Mohamed Belkhir acteur chanteur lyrique beat boxer The Voice

Bonjour MB14 ! Nous commençons toujours par une question rituelle : Pourriez-vous vous présenter vous-même, à votre façon ? Vous avez carte blanche.

MB14 : Yo ! Salut à tous ! C’est MB14 et vous êtes bien sur JJSphere pour parler de la sortie de TÉNOR (Beat). Ça va comme ça ? C’est bien ?

Parfait ! Comment avez-vous atterri sur ce projet et, surtout, comment s’est passée la rencontre entre MB14 et l’opéra ?

MB14 : Alors, tout a commencé en 2016. À la suite de « The Voice », j’étais à la plage à Marseille avec ma mère, j’ai reçu un message sur Facebook de la part de Raphaël Benoliel, qui est producteur et coscénariste de TÉNOR. Il était intéressé par mon profil, il m’a parlé de son projet qui était TÉNOR entre rap et opéra. On s’est rencontré dans le bureau de mon manager avec Claude Zidi Jr., le réalisateur. En 2017, j’ai fait des essais. Et puis, plus rien, pendant 4 ans. Jusqu’à fin 2020, quand j’ai à nouveau reçu un message de Raphaël qui me disait en gros que le projet allait enfin commencer, qu’il avait peut-être trouvé des producteurs, qu’il y avait Michèle Laroque sur le coup, etc.

Donc, j’ai vécu pendant 4 ans avec ce fantasme dans ma tête : est-ce que j’aurai la chance un jour d’être le rôle principal de TÉNOR, est-ce que je ne serai pas trop vieux pour le rôle, est-ce que…? Plein de « est-ce que ». Et après plusieurs mois de castings, d’attente, j’ai eu la chance d’avoir le rôle en février 2021 et on a commencé le tournage dans la foulée.

Un truc de ouf. Je suis tellement heureux d’avoir participé à ce film !

Et ma rencontre avec l’opéra ! Ça faisait déjà pas mal d’années que j’écoutais beaucoup de musique classique, de chant baroque, de chant grégorien, tout plein de choses de ce style-là. Mais même si ça m’intéressait beaucoup, je n’avais pas la technique de chant lyrique d’un ténor. Je pouvais maîtriser un peu les voix de contre-ténor, les voix aigües, ce registre-là, mais chanter comme un ténor, j’en étais incapable. C’était alors une chance de pouvoir bosser avec Caroline Fèvre, qui est chanteuse lyrique et coach vocale, qui, en l’espace d’un mois et demi à raison de 3 cours par semaine, avant et pendant le tournage, m’a vraiment aidé . C’est vraiment grâce à elle que j’ai pu développer cette technique de manière suffisamment correcte et crédible afin de donner cette performance dans le film. Savoir faire résonner le son dans le thorax, placer le larynx, les cordes vocales, positionner la langue, faire passer le son dans les résonateurs… Merci Caro !

interview de MB14 artiste Mohamed Belkhir acteur chanteur lyrique beat boxer The Voice

Selon vous, quelle est la morale de cette histoire ? On connaît un peu tous les ficelles de ce conte de fée qu’on a déjà pu voir maintes et maintes fois au cinéma, mais quelle est la spécificité de cette fable-là ?

MB14 : Pour moi, la particularité de ce film, en dehors de l’aspect musical, c’est qu’il faut, à un moment donné, assumer ce que l’on est et ce que l’on veut faire. Et puis d’essayer de s’affranchir de certaines croyances limitantes, de peurs liées à son environnement, de certaines personnes autour de nous. Comme le dit beaucoup Michèle (Laroque), c’est d’arriver à se libérer de ses propres angoisses. De s’assumer. Et c’est très vague, ça veut un peu tout et rien dire ! Mais peu importe d’où l’on vient. Si on veut faire de l’opéra alors qu’on vient de la banlieue, il n’y a pas de problème en fait. L’important c’est d’être heureux dans sa vie, de faire ce qu’on a envie de faire, de se sentir à sa place. Et de ne pas vivre une vie pleine de regrets et de se dire à 70 ans : « Je suis passé à côté de ma vie ».

Je pense que c’est quelque chose qui est profondément dangereux pour l’âme et pour la santé.

D’ailleurs, c’est peut-être pour ça que beaucoup de gens développent des maladies, d’être dans des métiers et des vies qui ne leur correspondent pas, avec des gens et dans des lieux néfastes pour eux. D’aller à sa place, je pense qu’il n’y a que comme ça qu’on peut être profondément épanoui, heureux, en bonne santé. Je pense que ce film parle de ça. On peut trouver sa place et sa voie, peu importe d’où l’on vient.

Ce film raconte aussi qu’on n’est rien sans une main tendue.

Sans la bienveillance de quelqu’un qui va essayer de nous extirper de quelque chose pour nous amener ailleurs… à notre place, encore une fois. Vraiment, c’est une ode à la générosité, au partage et à la musique. Et au travail (Rires).

Des mains tendues, est-ce qu’il y en a suffisamment ? Est-ce qu’il ne sont pas trop rares ces anges gardiens qui n’encouragent pas les barrières entre les milieux géographiques, sociaux, culturels, etc. ?

MB14 : Oui, je pense qu’il y a encore beaucoup de gens dans tous les domaines existants, dans toutes les sphères différentes qui au quotidien essaient d’aider les autres, de les élever, de leur montrer la voie, de les initier. Par exemple, moi, j’ai eu la chance en 3ème que ma prof de français, voyant que j’étais bavard, agité, que je faisais le clown – gentil, mais dissipé – m’a dit un jour :

« Tu devrais faire du théâtre, ça va te canaliser.»

Je m’en suis toujours souvenu et en 1ère, au lycée, j’ai testé un cours de théâtre. Et j’ai été choqué par ce que j’ai ressenti : j’avais trouvé ma place, je devais être sur scène. Que ce soit pour la musique, le théâtre ou le cinéma, c’était ça. Je n’avais qu’une hâte, retourner au cours le mercredi d’après. Clairement, on n’est rien sans les autres et on peut tout grâce aux autres.

Michèle Laroque en professeur de chant lyrique dans le film Ténor de Claude Zidi Jr.

Vous avez donc l’impression que les barrières se fissurent et que la passerelles existent de plus en plus entre ce qu’on appelle schématiquement et grossièrement « France d’en-haut » et « France d’en bas »?

MB14 : Je trouve que le principe de « France d’en-haut » et de « France d’en bas » existe sans trop exister finalement. Parce que le tout interagit. Il n’y a pas de haut ou de bas mais des gens qui ont beaucoup d’argent et d’autres qui n’en ont pas. Ceux-ci font des métiers clés dans le fonctionnement de la société, les autres investissent dans des actions sociales, culturelles, sportives, etc. Et les footballers, par exemple, sont des gens qui inspirent beaucoup la jeunesse, qui donnent envie de s’en sortir, de se motiver, qui créent un vrai exemple. La plupart de ces footballers célèbres sont multimillionnaires, donc c’est la France de tout en-haut. La « France d’en-haut » regarde des footballers qui viennent de la « France de tout en bas ». Et ceux du bas écoutent des rappeurs qui sont issus d’en bas mais sont arrivés en haut. En fait, ça veut tout et rien dire !

Je pense que tout le monde contribue d’une manière ou d’une autre au bien-fondé et au bien-être de la société et à sa cohérence. Il y aura toujours des gens mal intentionnés qui voudront faire n’importe quoi de leur argent et de leur temps, mais c’est plus nuancé que ça. Tout est mélangé.

discrimination banlieue et opéra dans le film Ténor

Est-ce que l’une des solutions, comme votre personnage le soulève en riant dans le film, est la discrimination positive ?

MB14 : Non. Personnellement, je ne suis pas du tout pour la discrimination positive. La question des quotas ou d’essayer de mettre en avant des minorités, pour moi c’est le meilleur moyen de valoriser ce fait-même qu’il existe des minorités. Et c’est pas bon. Justement, la République est sensée normalement être une et indivisible et ne pas reconnaître les communautés, qu’elles soient religieuses, ethniques, etc. Même concernant la question de la parité. Est-ce qu’on est dans une société méritocratique ou pas ? Donc ça ne devrait pas être une question de « je suis femme, noir, arabe, chinois, ceci ou cela ». Est-ce que j’ai les compétences ? Ça doit être ça, le sujet.

Maintenant, ce qui est sûr, c’est qu’on ne pourra jamais empêcher des gens d’avoir des préjugés. Moi, je m’appelle Mohamed, au collège on me faisait des blagues parce que je suis arabe, sur le couscous, etc. mais je n’ai jamais considéré, à cause de ça, qu’on me devait quelque chose, en plus ou en moins.

Oui, je suis d’origine algérienne, mais je ne suis pas que ça.

J’ai ce prénom mais je ne me considère pas pour autant comme un arabe, je suis né en France, mes parents aussi, je suis aussi le fruit de l’Histoire française. Je suis un humain, avec une personnalité, des affinités artistiques, avec un cheminement. Moi, je ne suis pas pour la discrimination positive, je suis pour le travail. Le travail, le bon comportement, le fait d’être la meilleure version de soi-même, d’être un bon humain. Après, si ça se trouve j’ai déjà fait des demandes d’appartement qui n’ont pas abouti parce que je m’appelle Mohamed Belkhir et que je suis re-beu. Pareil pour des emplois. Mais je ne vais pas passer ma vie à me plaindre de ça.

Est-ce que c’est cette façon de voir la vie, cette attitude qui a été le moteur de votre détermination pour en être arrivé là aujourd’hui ? Avec une pointe de talent aussi, il faut bien le dire !

MB14 : Peut-être au début une forme de talent, je dirais plus une prédisposition dans le sens où je pense avoir une bonne oreille et un bon sens de l’imitation. Clairement, ça m’a servi dans tous les sens du terme, que ce soit par rapport à la musique, au rap, à l’acting, etc. Maintenant, c’est vrai qu’il y a de la chance, notamment celle d’avoir eu des mains tendues, on y revient, des gens qui ont cru en moi. Peut-être qu’il y a aussi une question de personnalité. Après, le moteur, pour moi, c’était l’envie de réussir.

Il faut dire aussi que j’ai eu le privilège de côtoyer des gens de pleins de milieux différents quand j’étais enfant. J’étais dans un collège où l’on pouvait voir des élèves qui avaient été exclus d’un autre collège parce qu’ils avaient tapé une prof et dans la même classe, d’autres qui étaient en horaires aménagés et qui étudiaient au Conservatoire le piano ou le violoncelle. De fait, je me considère un peu comme un caméléon, j’aime parler à tout le monde. Je ne me suis jamais senti étiqueté et je n’ai jamais été fan des cases, je ne suis pas juste un chanteur, ni juste un beatboxer, j’essaie de faire et d’être plein de choses, de m’ouvrir.

Qu’est-ce que vous n’avez jamais osé dire à Michèle Laroque qui vous donne la réplique dans ce film TÉNOR ?

MB14 : C’est quelqu’un de brillant, de bluffant, que ce soit d’un point de vue artistique, spirituel, intellectuel. Humainement, c’est vraiment un exemple. Il y a quelque chose que je ne lui ai jamais dit mais que beaucoup de gens pensent, c’est qu’elle a passé 60 ans et qu’elle est magnifique. C’est un truc de fou ! Elle fait 20 ans de moins ! Je ne sais pas quel est son secret beauté (Rires), mais il faudrait que je le lui demande un de ces 4. Franchement, j’aimerais prendre de l’âge comme Michèle, clairement.

MB14 et Michèle Laroque ensemble dans le film Ténor de Claude Zidi Jr.

TÉNOR est un film qui rassemble beaucoup de vos capacités, sans doute pas toutes, mais un certain nombre…

MB14 : Pas mal quand même. J’ai tout mis dans le film, c’est ma carte de visite ! (Rires)

Alors quelle sera la prochaine étape ? Le prochain défi ?

MB14 : Pour l’instant, je ne peux pas prédire ce que sera mon avenir dans l’univers du cinéma. J’espère vraiment que le film plaira et qu’il y aura d’autres opportunités qui se présenteront. C’est une envie que j’ai depuis très longtemps donc je ne compte pas m’arrêter là si on m’en donne la chance. Maintenant, rien n’est fait, je ne vais pas m’enflammer. Donc je continue à faire la promo du film, à me concentrer sur les concerts que j’ai de prévus bientôt. Je travaille sur un album aussi, qui devrait – si tout se passe bien – sortir en automne.

Après, si je peux continuer à faire du cinéma, je serai le plus heureux du monde. Cinéma, série, voilà, jouer, c’est ce dans quoi je me sens le plus dans mon élément. La musique sera toujours dans mon cœur et j’en ferai toujours, mais le jeu est un peu plus instinctif pour moi. On verra. Ce sont les gens qui vont décider, le public, le milieu, le monde, l’univers, je ne sais pas… J’accueillerai ce qui arrivera les bras ouverts.

Ténor affiche film de Claude Zidi Jr. avec Michèle Laroque et MB14

TÉNOR

Un film de Claude Zidi Jr.
Avec Michèle Laroque, MB14, Guillaume Duhesme, Roberto Alagna

Au cinéma dès le 4 mai 2022

 

MB14 – MOHAMED BELKHIR

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Écouter l’album de MB14 « AMBITUS »

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