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La Sphere des lecteurs : «Je rêvais d’être papa, tout ne s’est pas passé comme prévu»

Philippe se réjouit comme un fou de devenir papa. Mais, il y a un problème avec le bébé. Témoignage pour la Sphere des lecteurs.

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Un avortement médical, une interruption de grossesse non souhaitée, un témoignage douloureux du point de vue du papa. Philippe n’a pas pu serrer son premier bébé dans ses bras et ça reste une expérience déchirante dans les premiers pas de sa vie de parent. Il nous raconte le fin mot de son histoire.

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Durant toute ma vie, je ne crois pas avoir connu plus belle émotion que celle de devenir papa. Pourtant, après mon mariage, j’étais incapable d’imaginer vivre un moment plus intense que ce que j’ai éprouvé ce jour-là. Mais la naissance de mon petit garçon m’a apporté un sentiment si particulier qu’il m’est difficile de trouver les mots pour le décrire. D’un coup, la vie prend un sens différent. Les priorités ne sont plus les mêmes et les plus grands soucis du quotidien deviennent anodins, s’effacent en un instant, d’un simple regard échangé avec ce petit bout de moi. De nous.

« Avant de vivre ce jour incroyable, j’ai connu le pire moment de toute mon existence, la décision la plus difficile à prendre de ma vie. Une blessure immense, une déchirure qui restera ouverte pour toujours. »

Le plus beau jour de ma vie, c’est comme ça que j’aime définir la naissance de mon fils. Et tout ce qui vient avant. L’annonce de la grossesse, les premières échographies, les sons, les images, les projections et la préparation de son arrivée sont des moments forts que j’ai adoré vivre.
Pourtant, le chemin pour arriver à cet événement a été plein de surprises, bonnes et mauvaises. Avant de vivre ce jour incroyable, j’ai connu le pire moment de toute mon existence, qui s’est soldé par la décision la plus difficile à prendre de ma vie. Une blessure immense, une déchirure qui restera ouverte pour toujours.

Je vais devenir papa !

Je n’oublierai jamais le jour où mon épouse m’a annoncé qu’elle était enceinte. Sans aucun contrôle, les larmes me sont montées aux yeux et je l’ai serrée fort dans mes bras. Immédiatement, je me projette. Je m’imagine déjà tenir ce petit être dans mes bras. On imagine des prénoms. Nous avons essayé de garder cette grande nouvelle pour nous les premiers temps, pour savourer cet instant à deux, mais on n’y est pas parvenu bien longtemps. Et puis, on attend avec impatience les premières échographies !

Arrivent enfin le premier rendez-vous et les premières images. À peine plus grand qu’un grain de riz, on distingue déjà si bien ses formes que j’ai l’impression qu’il est presque là. Je serais à deux doigts de dire qu’il me ressemble. On se réjouit de vivre toutes les prochaines étapes de la grossesse pour le découvrir chaque fois un peu plus. Le temps passe si lentement et si vite à la fois !

Quelques semaines de plus et on a le son. J’entends les battements de son cœur. Ce minuscule rien est déjà bien là, il bat vite et fort, il fait déjà partie de nous. Nous nous sentons même un peu parents, car oui, il est vivant, il est quelqu’un et il grandit de jour en jour.

Quand tout bascule

La fois d’après, nous allons le voir à nouveau. Confiants, nous avons rendez-vous avec notre bébé. Sauf que… Une fois ma femme installée, une fois le moniteur allumé et la gynécologue en train de démarrer l’examen… Je ne sais pas comment décrire ce qui a changé, mais, à ce moment-là, je sais que quelque chose ne se passe pas comme prévu. Nous regardons émerveillés les images sur l’écran, si ce n’est que nous nous apercevons que la  gynécologue agit bizarrement. Un spécialiste est invité à venir voir les images et en une fraction de seconde, tout s’effondre.

Il est question de clarté nucale, de développement interne qui nécessite un examen approfondi. Et la nouvelle tombe. Trisomie 18, omphalocèle très sévère. Des mots savants que je ne comprends pas. Malformation abdominale, des organes qui se développent en dehors de son ventre. Potentiellement plus de problèmes, invisibles à ce stade de la grossesse. Mort précoce. Le monde s’écroule. Il était parfait. On entendait son cœur. On entend encore son cœur.

Mais il faut faire un choix, vite, avec deux options possibles. Un, la grossesse est menée à son terme et le bébé, s’il arrive jusque-là, a une espérance de vie de maximum 2 ans. Dans le meilleur des cas, s’il survit aux opérations en série qu’il devra subir dès la naissance. Sans oublier le conséquent risque vital pour la maman dans le processus. Peut-on seulement appeler ça le meilleur des cas ?
Deuxième option, on arrête volontairement la grossesse et on tire un trait sur plusieurs semaines, plusieurs mois de perspectives, de joie et de bonheur. D’amour, tout simplement. On éteint la cavalcade.

« Sur le moment, j’ai le sentiment de tuer mon enfant car oui, je me sens déjà papa et je ressens déjà beaucoup d’amour pour ce bébé. »

À la sortie du cabinet, nous fondons en larmes. J’ai beau avoir la larme facile, je sais que cette fois, je suis brisé. Au fond de nous, nous savons quelle est la décision à prendre mais il nous est presqu’impossible de la nommer. Je ne souhaite pas prononcer les mots, la sentence, avant ma femme, de peur d’être « celui qui a choisi », celui qui n’a même pas envisagé l’impossible. Au bout d’un moment, on arrive à en parler et c’est la raison qui l’emporte. Ce qui nous semble être la raison. Il faut arrêter. C’est le choix le plus difficile de ma vie. Sur le moment, j’ai le sentiment de tuer mon enfant. Car oui, je me sens papa, je ressens déjà beaucoup d’amour pour ce bébé que j’ai entendu, observé, imaginé. Heureusement, nous formons une équipe avec ma femme, tout est décidé ouvertement à deux. La souffrance nous coupe le souffle mais nous soude encore plus.

À partir de là, les choses vont très vite. Pas le temps de se rassurer sur le fait que c’est la bonne décision, nous sommes déjà à la clinique pour l’intervention. La grossesse est déjà suffisamment avancée et pour ne pas prendre de risques, il faut réaliser l’avortement dans les plus brefs délais. Ça va trop vite. Tout s’effondre en moi. À peine quelques jours, quelques heures, et je me retrouve là, face à ma femme, anéantie sur son lit d’hôpital en partance pour le bloc.

L’impuissance que j’ai ressentie à ce moment-là fut une épreuve vraiment difficile. Un sentiment détestable. J’ai pu lui tenir un moment la main, puis, arrivé devant une porte battante j’ai dû la laisser partir. Et attendre. Attendre longtemps. Seul. La médecine froide a pris le relais et si la compassion, la compréhension traverse la blouse blanche, elle est destinée à la maman. Je ne suis que l’accompagnant. 

Et on décide de se relever, la vie continue : être papa, encore.

L’intervention terminée ne marquait pas encore la fin du cauchemar. Il nous a fallu ensuite prendre plusieurs rendez-vous avec des spécialistes en génétique, afin de savoir si c’était un « accident » ou un problème chez l’un de nous. Après cette douloureuse épreuve nous ne pouvions pas encore nous relever. J’avais tellement peur que ce soit un risque persistant en essayant à nouveau d’avoir un enfant. Un stress supplémentaire qui nous rappelait sans cesse l’épreuve que nous venions de vivre. Nous. Même si c’est dans son corps que ma femme a été meurtrie, c’est clairement aussi nos cœurs à tous les deux qui ont été profondément blessés.

« Durant les premiers mois, et même plus encore, j’ai eu de la peine à me réjouir totalement car la crainte d’une mauvaise nouvelle et d’un nouveau coup de «pas de bol» planait sans cesse au-dessus de ma tête. »

Que ce soit par les médecins, nos proches, notre famille, je n’ai jamais eu le sentiment d’avoir été pris en compte dans ce processus. Ce bébé n’existait pour personne, je devais donc tourner la page. Je n’étais papa pour personne. Excepté dans les yeux de ma femme, qui a été ma porte de secours. Si j’ose la comparer à une porte. Pas une seconde, elle n’a estimé que, puisque c’était sa chair, c’était uniquement son histoire. Elle a légitimé mon chagrin et ma perte, comme si, après m’avoir fait ce cadeau, cet espoir d’être papa, elle m’offrait le droit d’être dans la peine. Et de l’exprimer, pour mieux la surmonter. Je ne la remercierai jamais assez.

Avec le temps, nous avons appris à nous reconstruire. À ne pas craindre une nouvelle tentative. Continuer sans oublier pourtant. Quelques temps après, elle est retombée enceinte. Durant les premiers mois, et même plus encore, j’ai été très réticent, je n’ai pas pu me réjouir totalement. L’angoisse d’une mauvaise nouvelle, d’un nouveau coup de « pas de bol » planait sans cesse au-dessus de ma tête. Finalement, heureusement, ma femme a mis au monde le plus beau des petits garçons et nous formons aujourd’hui une famille. Comme dans mes rêves. Être papa et serrer mon fils dans mes bras, cette fois.

Cette épreuve a été compliquée et elle fera partie de nous à jamais. Aujourd’hui j’ai fait mon deuil, car c’est de ça qu’il s’agit. Cela dit, j’aurai éternellement une pensée pour lui. Une place dans mon cœur pour toujours, à lui, le tout premier. C’est le fin mot de mon histoire.

Vous souhaitez raconter le fin mot de votre histoire ? Envoyez-nous votre témoignage à josette@jjsphere.com

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