Avant, il y avait les allergiques et les végétariens. Maintenant, il y a tous les autres et leurs habitudes alimentaires diverses et variées, entre inimitié et revendication, dégoût et engagement. Mais que faire à manger quand on aime bien tous ces gens ?
Vivre et laisser vivre. C’est un mantra qui sauve de bien des situations. Sauf quand on invite des amis à manger. Il faut trouver un compromis. Vivre, c’est sûr, mais en faisant plaisir, et laisser vivre, absolument, si ce n’est qu’il faut quand même les nourrir ces joyeux lurons. Alors. Qu’est-ce qu’on fait à manger ? Ben écoute, je crois que l’amoureuse de Jules est végétarienne, Jules n’aime pas le poisson, Juliette n’aime pas les légumes et Joaquim est vegan. Ah ! Jean est allergique au gluten. Voilà. Une pomme ? Ah ben non, Josiane a des allergies croisées bouleau-pomme, ça lui file des démangeaisons. Mais si je la cuis ? Alors là, ça devrait fonctionner.
Et à boire ? Champagne vegan pour tout le monde !
Et pour boire ? De l’eau, c’est ce qui réconcilie tout le monde. Même s’il y les variantes avec ou sans gaz. Sinon ? Champagne, figurez-vous. Et on a de quoi faire plaisir sans se priver, parce qu’il existe aujourd’hui du champagne vegan. Oui, Messieurs Dames. Le raisin était trop animal, mais ça c’était avant. On en apprend tous les jours. Plus sérieusement, il est exact que des substances d’origines animales sont régulièrement (et tout à fait légalement) utilisées au moment de la clarification du vin, notamment gélatine, blanc d’oeuf ou protéine du lait. Pas de quoi fouetter un chat à priori mais cela n’entre pas dans le régime alimentaire d’un vegan. Or il serait quand même triste de faire l’impasse sur le champagne !
Les producteurs qui suivent des procédés bio dynamiques produisent souvent des vins vegan sans forcément le notifier ou acquérir un label. Cela dit, qu’en est-il de l’esclavage de la coccinelle ? Parce que c’est bien joli de ne pas vouloir utiliser le produit de la poule mais d’exploiter les insectes pour qu’ils nettoient les vignes de leurs prédateurs, c’est mal. Elles le font instinctivement, c’est leur nature ? Ce n’est pas le cas pour la poule et les oeufs ? Et si on se lâchait la grappe ?
À table les amis ! Mais qu’est-ce qu’on mange alors ?
Est-ce qu’on n’en ferait pas un peu trop ? En terme de marketing, de message, de doctrine un peu avilissante tout de même ? Pourquoi absolument nommer, regrouper, communautariser ? On peut ne pas aimer manger les bêtes et être sensible à la souffrance animale sans pour autant se réclamer d’une mouvance et se priver de miel si on adore ça ? Par exemple. À condition bien entendu de se renseigner sur le mode de production, la provenance, le respect de l’animal produisant comme de la bouche consommant. De la cohérence que diable ! À laquelle nous pourrions ajouter bon sens et tolérance. Vivre et laisser vivre, un peu comme pour les religions et les culture, s’enrichir des différences et ne pas tenter à tout prix de rallier les moutons à sa paroisse.
Et en définitive, qu’est-ce qu’on mange ce soir ? Pomme cuite pour tout le monde ! Qui a osé dire que ce ne serait pas convivial ?